Il y a un rituel que je répète presque tous les ans : je regarde la sélection de l’As d’Or (l’équivalent des César du jeu de société). Pas seulement pour savoir quel jeu va gagner, mais aussi pour voir si certains titres que j’avais repérés s’y retrouvent. Et puis, il y a ceux que j’ai complètement laissés passer.
Quand ça arrive, ça pique un peu ma curiosité. Je me dis que si un jeu est arrivé jusque-là, c’est qu’il y a sûrement quelque chose que je n’ai pas vu.
Avec Toy Battle, c’est exactement ce qui s’est passé.
Au moment de son annonce, je n’avais aucune envie de l’acheter. Je le mélangeais sans arrêt avec Tag Team, sorti à peu près à la même période. Dans ma tête, c’étaient un peu les mêmes jeux : deux jeux pour deux joueurs, un univers très coloré, un titre en deux mots et en anglais… Et surtout, j’avais déjà largement de jeux à deux joueurs grand public encore en attente dans ma pile à jouer.
Puis voilà : Toy Battle a remporté l’As d’Or.
Quelques semaines plus tard, je suis tombé dessus dans une boutique. Je l’ai pris un peu par curiosité, avec l’idée de vérifier ce que j’avais raté.
Et autant le dire de suite : je suis assez content d’avoir réparer cette erreur.
Sous ses airs de jeu de jouets se cache un vrai jeu de stratégie
Je crois que le plus trompeur dans Toy Battle, c’est son habillage.
Quand on voit la boîte, on pense immédiatement à un jeu familial, presque enfantin. Les personnages dessinés ressemblent à des jouets, les couleurs sont très vives, l’ensemble est plutôt mignon. Ça m’a rappelé ce que j’avais ressenti devant Challengers! : un jeu dont l’apparence donne une image assez légère alors que les mécaniques racontent tout autre chose.
Parce qu’en réalité, Toy Battle est un jeu où chaque décision compte.
Les règles, elles, tiennent pourtant sur très peu de choses. Chacun dispose des mêmes huit personnages, présents en trois exemplaires. On commence avec trois ou quatre tuiles sur son présentoir qui peut en contenir huit et, à son tour, on choisit simplement entre poser un personnage ou piocher deux nouvelles tuiles. Quand on joue une tuile, son pouvoir s’active immédiatement, puis éventuellement celui de la case sur laquelle elle est placée.
La première partie demande simplement de garder l’aide de jeu à côté de soi. Ensuite, tout devient très naturel.
Et c’est là que le piège se referme.
Plus on joue, plus le jeu devient intéressant
Au bout de quelques tours, on arrête complètement de réfléchir aux règles. À la place, on commence à réfléchir aux conséquences.
Est-ce que je joue ce personnage maintenant ou est-ce que je le garde pour plus tard ? Est-ce que je pioche pour préparer les prochains tours, au risque de laisser une ouverture à mon adversaire ? Si je prends cette case, est-ce que je ne suis pas en train de lui offrir un meilleur coup juste après ?
J’aime bien comparer ce genre de jeux aux échecs. Non pas parce qu’ils se ressemblent, mais parce qu’ils donnent cette même impression : on comprend les règles très rapidement, puis on réalise qu’on n’a finalement que le champ des possibles est immense.
Sous son esthétique très accessible, Toy Battle est beaucoup plus profond que ce que son apparence laisse imaginer.
Huit plateaux, huit façons de réfléchir
Et ce que j’apprécie aussi énormément, c’est la variété des plateaux.
Les règles générales ne changent quasiment jamais, mais chacun des huit plateaux ajoute sa propre petite règle et modifie complètement les priorités. Sur le papier, ce n’est parfois qu’un simple pouvoir de case. En pratique, ça suffit à changer la manière dont on construit sa stratégie.
On retrouve aussi plusieurs façons de gagner la partie. On peut réussir à atteindre le QG adverse, remplir l’objectif d’étoiles propre au plateau ou encore mettre son adversaire dans une situation où il ne peut plus agir. J’aime beaucoup ce principe parce qu’il oblige à rester vigilant jusqu’au bout.
On peut croire être en train de gagner… jusqu’au moment où l’on réalise que l’autre ne jouait pas du tout la même partie.
Quinze minutes… puis une revanche
Ainsi, ce que je retiens surtout de Toy Battle, c’est son rythme.
Une partie dure une quinzaine de minutes, mais ce ne sont jamais quinze minutes expédiées. On passe parfois une minute entière à hésiter entre deux coups, simplement parce qu’on essaie déjà d’imaginer les trois tours suivants.
Et une fois la partie terminée, victoire comme défaite, on a rarement envie de ranger la boîte.
On change de plateau, on se dit qu’on aurait dû tenter autre chose, qu’on s’est laissé piéger sur un pouvoir de case ou qu’on a oublié une possibilité. Et on relance immédiatement une partie.
C’est souvent le signe des très bons jeux.
Mon avis
En bref, je suis content de m’être trompé sur Toy Battle.
Si je m’étais arrêté à son univers graphique, je serais passé à côté d’un des jeux à deux joueurs les plus malins que j’ai découverts depuis un bon momenr. Les règles sont accessibles, les parties sont rapides, le matériel prend peu de place sur la table et, surtout, le jeu donne envie de progresser.
Aujourd’hui, il rejoint sans hésiter les titres que je recommande quand on cherche un excellent jeu pour deux joueurs, aux côtés de 7 Wonders Duel, Splendor Duel ou Zenith.
Comme quoi, il ne faut parfois pas se fier à la première impression. Derrière son apparence de jeux pour petits et grands (ce qu’il est aussi) se cache une expérience de duel particulièrement maline… et je retire de ce moment deux vérités simples : il ne faut jamais juger un jeu à sa couverture, et il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses torts.
Un must-have, tout simplement.
Pourquoi ce jeu est un bon jeu à deux joueurs ?
- Règles simples, défi complexe : Les mécaniques s'apprennent en quelques minutes, mais la réflexion tactique rappelle la richesse des échecs.
- Trois façons de l'emporter : Les multiples conditions de victoire maintiennent une tension constante et forcent à surveiller chaque opportunité adverse.
- Configuration toujours renouvelée : Les huit plateaux différents et leurs règles spéciales modifient radicalement la manière d'aborder chaque duel.
- Idéal pour enchainer les revances : Avec ses parties rapides de quinze minutes et son faible encombrement, il se sort facilement sur n'importe quel coin de table.

